FN : la flamme tricolore qui cache l’embrasement droitier ?

Le Front national est un objet qui fascine et obsède. S’il a bien conquis hier une quinzaine de villes dont Fréjus, Beaucaire ou Hayange, il faut relativiser sa percée et la resituer dans un basculement à droite de la contestation 

 

Pour comprendre et analyser correctement les résultats du FN, il faut tenir compte de deux évolutions. L’évolution quantitative : où le Front national a-t-il déposé des listes ? Et qualitative : avec qui ? Avec quel succès ? Et ce que tout cela signifie au regard du bilan global de ces élections municipales. Les analyses les plus sérieuses le démontrent (qu’il s’agisse des travaux de Florent Gougou ou Joël Gombin), il n’y a pas de « poussée historique » du Front national à ces élections. Le Front national avait déposé un total de 583 listes dans les communes de plus de 1000 habitants, ce qui dépasse nettement le pic enregistré en 1995 mais ne constitue en rien un développement exponentiel en vingt ans. Sur un total de 9663 communes de plus de 1000 habitants, ce total reste encore modeste. Il est intéressant de constater que le FN dépose moins de listes dans les villes de plus de 30 000 habitants qu’en 1995, ce qui correspond au déplacement des zones de force du FN des métropoles vers le périurbain et le rural.

Les municipales de 1995 sont en effet l’élection de référence, car celles municipales de 2001 s’étaient déroulées dans un contexte de scission récente avec le courant mégrétiste qui avait vu celui-ci présenter de nombreuses listes en lieu et place du Front national. Les élections municipales de 2008 étaient, quant à elles, des élections de convalescence pour un parti dont l’électorat était tombé sous la barre des 5 % aux législatives, siphonné par la droite parlementaire.

Cette année, le score moyen du FN est de 14,6 % pour le total des listes. Son évolution est modeste dans les villes de plus de 30000 habitants (13,6% contre 12,8% en 1995) et dans les villes de plus de 100 000 habitants (12,3 % contre 12 % en 1995). Il convient donc de relativiser cette percée. Le Front national réalise ce score dans un contexte national propice mais dans un contexte interne plus difficile qu’il n’y paraît. Jamais vraiment remis de la scission mégrétiste, il lui faut former à la hâte ses cadres, souvent très jeunes, à la fois idéologiquement et techniquement. L’accumulation de bévues de militants plus ou moins à niveau, parfois enclins à de fâcheux dérapages, n’a pas beaucoup aidé l’appareil frontiste. Faisant mine d’ignorer les militants du Bloc Identitaire de Fabrice Robert et Philippe Vardon, tous deux anciens du MNR, fondateurs de la mouvance identitaire avec la dissolution d’Unité Radicale (2002), Marine Le Pen peine à dissimuler la présence de militants identitaires dans le staff de candidats du Rassemblement Bleu Marine (RBM). C’est vrai à Béziers, où la liste de Robert Ménard, sorte de laboratoire de la recomposition des droites populistes, reçoit l’appui de militants identitaires comme Arnaud Naudin ou Christophe Pacotte, mais c’est vrai dans certains arrondissements de Paris où les Identitaires de « Projet Apache » sont présents en appui technique et militant, ou dans des villes comme Le Mans ou Nevers… Il y aurait d’ailleurs un paradoxe à ne pas voir le FN emprunter, même « malgré lui », pour reprendre l’expression de Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo du 19 mars dernier, un chemin qu’il empreinte au niveau européen en plaçant son combat sous l’autorité intellectuelle d’Andreas Molzer, idéologue du FPO autrichien et promoteur de l’aggiornamento idéologique des droites extrêmes européennes…

Le FN, enfin, n’est que la partie émergée de la dérive droitière qui frappe notre pays. Il sera intéressant dans un proche avenir de regarder de près les fusions à la base entre différentes sensibilités droitières dans des communes de 1000à 10 000 habitants…

Gaël Brustier

SUD GIRONDE

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