Libérons Les Roses du @partisocialiste !

En 1971, le Parti Socialiste nouveau-né changeait d’emblème. Dès ce moment, et jusqu’à aujourd’hui, les militants et les affiches socialistes arborent le Poing et la Rose. Ce logo fut imaginé et dessiné en 1970 par des militants parisiens du CERES, Yann Berriet et Marc Bonnet. En conciliant dans une même image la force du Poing et la douceur de la Rose, c’était à la fois un programme anticapitaliste et une méthode. Le rouge le rattachait à l’histoire de la Gauche. Celle des glorieux militants des combats ouvriers féroces du 19ème siècle et de La Commune de Paris. Celle de Jean Jaurès et de la République Sociale. Celle du Front Populaire et des grandes grèves de 1936. Celle du CNR et de son programme « Les Jours Heureux ». Celle de Mai 68 et de la plus grande grève générale dans l’histoire du pays. Plus tard, quelques dix ans plus tard, le rouge est devenu rose. Il a désigné une nouvelle couleur politique, celle des socialistes d’après le tournant de la rigueur, celles des socialistes qui, contrairement à l’alarme de Pierre Mendès-France dès 1954, restent favorables au projet économique libéral et anti-démocratique de l’Union Européenne.

En 2016, de cette rose-là, sous la présidence « socialiste » de François Hollande, le roi est nu et tous les pétales sont à terre. Rappelons l’Histoire de ces Roses socialistes. Elles avaient commencé à se sentir mal sous Mitterrand. Avec lui et après lui, elles en ont vu des pas belles et des bien mûres. La petite parenthèse jospinienne a contribué à les arroser de mesures généreuses d’un côté et à les nourrir du pesticide des privatisations et de la concurrence libre et non faussée de l’autre. Le sursaut de 2005 est oublié et ces Roses socialistes n’ont plus que des épines d’austérité et de lacrymogènes à leur tiges fébriles. Aujourd’hui, alors qu’un vaste mouvement social est engagé pour l’abandon par le gouvernement de Manuel Valls de la Loi Travail et pour une réelle démocratie dans le pays, les Roses socialistes sont piétinées par ceux-là mêmes qui en avaient planté les graines. Jusque dans les places #NuitDebout de nos villes, où tout un peuple s’est levé pour rêver en plein jour et empêcher les tout-puissants de dormir, des Roses sont piétinées. En ce lundi 11 avril au matin, #42mars du nouveau calendrier révolutionnaire, la Maire de Paris Anne Hidalgo a demandé à la préfecture de Police de « nettoyer » la Place de la République. Sans doute pas assez participative et démocratique à ses yeux. Les Roses plantées la veille dans des #JardinsDebout ont été piétinées par les godillots des CRS et arrachées par les pauvres employés de la propreté municipale à qui l’on oblige de faire ce sale boulot.

On voudrait nous persuader qu’un autre monde n’est définitivement pas possible. Nous en persuader en faisant patrouiller des militaires et des policiers surarmés dans les rues de nos villes et lors de nos rassemblements communs. Nous sommes persuadés du contraire. Un autre monde est possible ! Un autre imaginaire est possible ! Un autre projet commun est possible, sur cette planète qui nous appartient le temps de nos vies et de nos désirs ! Il nous faut sans tarder disperser les nuées de la guerre, et résolument prendre le chemin des causes communes. Nous persuader les unes les uns, les uns les autres, que nouq sommes capable ensemble, de dire « nous », de « nous » parler, de « nous » écouter, de « nous » organiser, de « nous » aimer.

Il est vrai que nous ne disposons pas de forces considérables. Ni de celles des industries d’armement qui contribuent à ce que la guerre s’installent parmi nous. Ni de celles des industries médiatiques qui lessivent patiemment nos imaginaires. Ni de celles des industries des partis politiques occupés à leurs égos, à leurs calendriers, à leurs carrières. Nous commençons donc par ce modeste objectif : Libérons Les Roses du Parti Socialiste ! Oui Libérons Les Roses !

Dans ce combat, je pense que beaucoup peuvent aider. J’imagine que nous trouverons, parmi les premiers signataires de cette pétition, les stratèges tacticiens et sincères de la vieille politique, les donquichotte de la Gauche, qui ne veulent pas voir que leurs lubies présidentielles tournent comme des moulins à vent. Les petits marquis et les comtesses du monde de la banque et de l’oligarchie de gouvernement ne seront pas en reste : celles et ceux qui se gavent aux Dîners du Siècle signeront ! Ils n’ont qu’une idée depuis 1983, une idée fixe, une idée mortelle, celle de couper définitivement les roses sous le pied de ceux qui sont fidèles aux combats d’hier et veulent inventer un « socialisme » ou un « communisme » d’avenir. Les uns, piètres stratèges, quoique sincères, comme les autres, piètres économistes, quoique bardés de diplômes, pensent mettre le peuple « En Marche » en appuyant sur des boutons. Ils ne réussiront pas à éteindre les étincelles qui s’approchent du feu aux poudres de nos désirs de changement.

Des Roses, le PS ne nous a laissé que les épines. Du congrès d’Épinay de Mitterrand aux épines dans les pieds de la démocratie de Hollande-Valls-Macron, la boucle est bouclée. Pour nos combats d’aujourd’hui, optimistes et internationalistes, ici et maintenant, gardons le poing, le poing levé à la face du ciel et des puissants. Libérons les Roses afin de remettre tous ensemble nos imaginaires debout.

Raymond Macherel MEDIAPART mardi 12 avril 2016

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