Migrants, croire aux miracles?

Les images récentes montrant des migrants traités comme des bêtes en Bulgarie, bras ligotés, face à terre, proies terrifiées de milices privées, en disent long sur l’abaissement de la condition humaine en Europe. Ne parlons plus d’Union Européenne mais plutôt de désunion européenne. Quand une communauté d’Etats est plus prompte à sauver sa monnaie, son cher euro, que des vies d’hommes, de femmes et d’enfants, on peut s’interroger sur la survivance d’un idéal né après-guerre sur les cendres de la deuxième guerre mondiale, mais aujourd’hui dévoyé. Finalement l’Europe n’est qu’un marché, et non un creuset politique et culturel de destins mélangés pour davantage peser sur l’évolution du monde. Quand Henry Kissinger demandait jadis, « L’Europe, quel numéro de téléphone ? », on pouvait espérer qu’un jour cette entité aux contours imprécis saurait un jour parler d’une seule et même voix.

Finalement, la crise migratoire montre exactement le contraire. L’Europe ne sait pas construire un message et des actions solidaires sous une seule bannière. Face à l’afflux de migrants bien sûr considérable, elle n’a rien anticipé, comme si elle avait voulu se rendre inhospitalière. C’est ce qu’affirme Michaël Neuman, de Médecins sans frontière, quand il constate la mauvaise volonté française pour traiter dignement les migrants de Calais et de Grande Synthe. Le chacun pour soi règne, et il est commode de vilipender l’inconséquence d’Angela Merkel, pour avoir décidé à la légère, en toute impréparation, d’ouvrir en grand les portes de l’Allemagne. Les terribles débordements de Cologne, pour graves qu’ils étaient, ont bien sûr permis aux xénophobes de tout poil de crier au feu. Et ce ne sont désormais, parfois, que frontières fermées, murs érigés, barbelés hérissés. Il faut cette image du Pape venu le 16 avril à Lesbos pour croire aux miracles. S’il est reparti avec 12 réfugiés syriens, le problème demeure, cru, cruel, crucial. L’Europe construit des prisons à sa périphérie, charge la Grèce – son extrême sud – et la Turquie, des besognes qu’elle ne sait assumer. La question complexe des migrants en dit long sur l’état du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique. Elle en dit plus long encore sur nous et notre humanisme infirme.

Pourquoi les migrants ? comprendre les flux de population », Collectif sous la direction Fottorino. 96 pages, 7,90 €, aux éditions Les Indispensables.

 

SUD GIRONDE

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