Le Hollande-bashing STOP :

 

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Face à la curée dont est victime le président de la République dans une ambiance de chasse à l’homme, osons une analyse lucide de son bilan sur deux points majeurs: la lutte contre le terrorisme et la politique sociale.

«Ça suffa comme si», chantait Renaud en 1985 dans tu vas au bal ?. Oui, le Hollande-bashing, ça suffit comme ça! Ce véritable sport national rythme la vie politico-médiatique, entretient une détestable ambiance de chasse à l’homme, ne laisse passer que l’aigreur et le ressentiment dont le seul responsable et le seul réceptacle serait le président de la République; le tout faisant bien sûr le jeu des extrêmes de tout poil. Et chacun de rivaliser, à la vue de sondages dont on oublie de s’apercevoir qu’à l’occasion les questions posées relèvent plus de l’éditorial vengeur que d’une technique scientifique de mesure de l’opinion.

Ainsi de celle qui a précédé l’émission de France 2,  compte tenu de l’impopularité du président, ne vaudrait-il pas mieux qu’il se retire pour laisser à la gauche le temps de se préparer? Le résultat (79%) était couru d’avance. Quoiqu’il fasse aujourd’hui, il est de bon ton de se gausser: pas de prise de parole, que ne fait-il de la pédagogie? Une émission? Inutile et inaudible!

Oui, la situation politique est telle que le président est aujourd’hui peu audible. Il lui était pourtant indispensable de rappeler  que nous ne sommes pas encore entrés dans l’après Hollande. La Ve République est d’ailleurs là pour garantir que la clef de voûte des institutions est, et reste, le président.

Ca suffit, parce que le spectacle de cette curée biaise toute analyse. Prenons deux questions majeures: la lutte contre le terrorisme, dont il aurait pris prétexte pour se livrer à de petits calculs; et la politique sociale, qui serait la preuve d’un reniement.

Les petits calculs étaient à droite

On dit et on répète: introduire la déchéance de nationalité dans le débat constitutionnel, quelle erreur! Quelle somme de petits calculs… C’est oublier le contexte, ô combien dramatique des attentats du n13 novembre. Or, la séquence état d’urgence, consultations politiques, réunion du Congrès, annonce d’une réforme de la Constitution était la preuve d’une grande maîtrise et d’un sang-froid dans l’exercice même de l’essence de la fonction présidentielle. Et cela, au bout du compte, comme le sont la plupart de ses actions extérieures, sera in fine porté à son crédit.

À ce moment-là, oui, il fallait trouver un geste, un symbole d’une unité nationale indispensable pour nous-mêmes autant que pour ceux qui cherchent à créer les conditions d’une guerre civile. Donc, qui dit quête de l’unité dit concertation: ce fut fait dès le dimanche après-midi, veille de la réunion du Congrès. Propositions du chef de l’Etat: créer un «état de crise» pour renforcer, mais aussi encadrer, les instruments juridiques nécessaires à la lutte contre le terrorisme, pour ne pas avoir un jour à choisir entre l’état de siège (tout le pouvoir à l’armée) et l’article 16 (tout le pouvoir au président). Contre-proposition du chef de l’opposition (Nicolas Sarkozy) assisté du président du Sénat (Gérard Larcher): introduire la déchéance de nationalité, idée chère au président des Républicains. C’est une concession majeure car la gauche y est hostile mais François Hollande l’accepte au nom de la recherche de cette unité, laquelle n’était jamais que son devoir d’État.

Cet accord politique sera respecté à l’Assemblée nationale et se traduira par une majorité transpartisane; il sera combattu au Sénat, essentiellement par les partisans de François Fillon: la réforme sera bloquée. De quel côté étaient donc les petits calculs?

Où est la trahison?

Mais ce qui plombe en réalité le chef de l’Etat, c’est pour le moment l’absence de résultats sur le chômage et la distance qui s’est creusée avec son propre électorat. La guerre des gauches, celle que lui livre non seulement l’extrême gauche mais aussi une partie du PS, a pour objectif de l’empêcher (au sens de l’impeachment américain), le paralyser. Il fallait donc convaincre une partie de l’opinion que François Hollande était l’homme de la trahison.

Il n’aurait pas tenu ses engagements, il aurait passé son mandat à se renier. Alors, commençons par le commencement: depuis des lustres, la gauche annonçait qu’elle allait aligner la fiscalité du capital («l’ennemi, c’est la finance») sur celle du travail. C’est chose faite. Et ce, dès le début du quinquennat. Je suis de ceux qui pensent que c’était une erreur, commise au nom du respect d’un dogme socialiste absurde, d’une conception mortifère de la fiscalité, qui fait de celle-ci l’instrument de la lutte des classes au sein de la classe moyenne. Le poids le plus lourd pèse sur les catégories supérieures de celle-ci. L’application de cette doctrine de la gauche par le président a porté un nom: le choc fiscal, dont il paie encore aujourd’hui les effets, et qui a instauré une défiance durable du côté des entrepreneurs sans que le «peuple de gauche» lui en soit d’une quelconque manière reconnaissant.

Si l’on dresse un «inventaire», que trouve-t-on? D’abord le refus d’une politique d’austérité, celle-là même qu’ont subie plusieurs
pays voisins

Si l’on dresse en outre un «inventaire», que trouve-t-on? D’abord le refus d’une politique d’austérité, celle-là même qu’ont subie plusieurs pays voisins. François Hollande est d’ailleurs aujourd’hui au même niveau d’impopularité que Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, au plus fort de la très sévère cure d’austérité infligée aux Espagnols. Ensuite, dans les limites permises par la nécessité de redresser les comptes publics, il y a eu la revalorisation des minima sociaux, le retour de la retraite à 60 ans pour un demi-million de personnes avec des carrières longues, l’encadrement expérimental des loyers à Paris et à Lille, la création des droits rechargeables pour les chômeurs, la généralisation de la complémentaire santé, avant celle du tiers payant, enfin la création d’une «garantie jeunes», toutes mesures, comme chacun sait, marquées à droite… Quant à la loi Travail, dont on nous enseigne qu’elle est la destruction du code du travail, elle permettra la création du compte personnel d’activité, une révolution: à terme, on passera de la protection des statuts à la protection des personnes tout au long de leur parcours. Autrement dit, l’esquisse d’une sécurité sociale de l’emploi évoquée pour la première fois au temps de François Mitterrand…

Mais alors, où est donc la trahison? Bon sang, mais c’est bien sûr: c’est l’aide aux patrons! Elle est venue bien tard pourtant, après la publication du rapport Gallois; elle a pris la forme du pacte de responsabilité. Quarante milliards pour tenter de rétablir la compétitivité et, au passage, quelques dizaines de milliers d’emplois créés. Mais peu importe que, sans ce pacte, sans le retour de l’investissement, sans l’incitation à innover, sans l’encouragement à tout ce qui est entrain de surgir –une jeune classe d’entrepreneurs-innovateurs qui place la France aux premiers rangs dans les créations de start-up–, il n’y ait d’autre perspective que l’attrition, le rapetissement, une pauvreté plus grande encore (elle a commencé de reculer à partir de 2013). Donc, oui, le pacte de responsabilité était urgent et nécessaire. Hors de l’entreprise, point de salut! Pour qui veut vraiment faire reculer le chômage. Mais il y a une permanence française de la représentation négative de la figure du patron: dans le très bon film de Julien Duvivier, La Belle Equipe un méchant capitaliste s’apprête à exproprier de bons ouvriers; tout dans sa représentation figure l’âpreté aux gains et l’indifférence aux hommes…

Recul de l’institution présidentielle

En fait, François Hollande agit dans un contexte de fort recul de l‘institution présidentielle. Celle-ci est minée par le quinquennat et s’est trouvée affaiblie par le comportement des deux derniers titulaires de la charge.

Le quinquennat transforme le président en super Premier ministre, comptable de tout à tout moment

Le quinquennat, en effet, transforme le président en super Premier ministre, comptable de tout à tout moment: c’est lui, et non plus le Premier ministre en titre, qui «endure», selon l’expression chère à Raymond Barre; et il est privé du temps de la reconquête. Or seule la cohabitation avait permis à François Mitterrand et Jacques Chirac, forts de la durée de leur mandat, de se succéder à eux-mêmes.

En outre, comme il l’a si bien noté dans son livre-confession, Nicolas Sarkozy a affaibli la fonction par des erreurs de comportement et François Hollande a fait de même avec sa «normalitude». Au reste, le choix du format de l’émission de France 2 correspond à cette banalisation. Enfermé dans un dialogue qui le confrontait à des situations particulières, auxquelles il ne pouvait répondre que partiellement comme l’aurait fait un Premier ministre, il n’était pas dans un cadre qui lui permette de restituer le sens général d’une action.

Enfin, un homme politique n’est audible que lorsqu’il est en situation. La situation d’aujourd’hui est la suivante: les Français ne veulent ni du retour de Nicolas Sarkozy, ni de la réélection de François Hollande. Ce double refus a produit l’état de grâce d’Alain Juppé. Et si les choses restent en l’état, même si Alain Juppé venait à s’affaiblir, les Français chercheront le moyen de n’avoir ni Sarkozy ni Hollande.

Mais d’autres paramètres vont se mettre en place: nous sommes aujourd’hui dans la guerre des gauches; va venir le temps de la guerre des droites à l’occasion de la prochaine primaire. Celle-ci est immanquablement porteuse de radicalisation, donc de surenchères possibles. Ce sera à qui baisse le plus la dépense publique, supprime le plus grand nombre de fonctionnaires, etc. Et peut surgir également une guerre des extrêmes droites, à travers une candidature qui pourrait être bénie par Jean-Marie Le Pen. Tout cela peut produire un autre paysage dans lequel se distingueront clairement trois offres principales: l’une de repli xénophobe, l’autre de nouvelles tentatives libérales, la troisième, enfin, qui incarnera une recherche permanente de l’équilibre, un réformisme malgré tout plus social que libéral.

C’est à ce moment-là, à la condition bien sûr que le chômage ait commencé de reculer, que François Hollande pourra être placé sous un autre regard.

Mais, en attendant, le jeu de massacre se poursuit. Et je reste persuadé que le niveau actuel de l’extrême droite est aussi le résultat de la façon dont la droite et la gauche se combattent, passent leur temps à se discréditer et contribuent ainsi à justifier qu’une partie des électeurs soient tentés d’essayer «autre chose». C’est à dire l’aventure!

Jean-Marie Colombani

SUD GIRONDE

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