Les très libéraux programmes économiques des candidats de la droite

Fin des 35 heures, recul de l’âge de départ en retraite, dégressivité des allocations chômage… En vue de la présidentielle de 2017, les représentants de l’opposition battent la charge sur le front de l’économie, au détriment des fonctionnaires, des classes moyennes et des bénéficiaires de prestations sociales.

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Les grandes lignes des programmes économiques des principaux candidats de la droite sont désormais connues. En perspective pour 2017, si l’un d’entre eux venait à être élu, un paysage très libéral, entièrement tourné vers la baisse des dépenses publiques. Alain Juppé, Bruno Le Maire, François Fillon ou Nicolas Sarkozy – ce dernier n’étant pas encore officiellement en lice – sont prêts à s’attaquer frontalement au droit du travail puis à la protection sociale.

Tous ont emboîté le pas à François Fillon dans la course au grand déverrouillage. « Ils disent à peu près tous la même chose »,balaie François Hollande, satisfait de voir les candidats lui laisser le champ libre à gauche. Rien de plus normal, « les programmes ne sont pas identiques, mais ce serait bizarre qu’ils soient aux antipodes », se défend-on dans l’entourage de Bruno Le Maire. « Cela souligne qu’il n’y a pas, à droite, de désaccord fondamental sur les remèdes à apporter », renchérit Maël de Calan, conseiller économique d’Alain Juppé.

Sur le papier, le fait que le gouvernement Valls se casse les dents depuis des mois pour imposer la loi sur le travail ne les effraie pas. Pour tenter de réduire la dépense publique de 85 à 110 milliards d’euros d’ici 2022, la solution proposée est identique pour tous : baisse du nombre de fonctionnaires, fin des 35 heures, report de l’âge de la retraite, dégressivité des allocations chômage… Dans le secteur privé, les charges pour les entreprises baisseront pour stimuler la création d’emplois.

Si le menu est peu ou prou le même, chacun revendique son style pour faire avaler la pilule. Dans l’entourage de Bruno Le Maire, pas question de parler de libéralisme, on mise sur le « renouveau » d’une « politique plus ouverte », mais sans « purge ». Pourtant, le député de l’Eure veut supprimer la fonction publique territoriale et fusionner les conseils départementaux et régionaux. Résultat : un million d’emplois publics en moins en 10 ans. Seul François Fillon va aussi loin en misant sur 600 000 emplois supprimés en cinq ans sur les trois fonctions publiques. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy passeraient presque pour des frileux quand ils parlent de 250 000 à 300 000 postes de fonctionnaires en moins sur le quinquennat.

Alain Juppé, stigmatisé par ses adversaires comme l’“homme de gauche” du scrutin, refuse de parler de mesures-chocs. Mais son programme est à peine moins drastique que les autres. Ce qui le distingue ? « Sa crédibilité, le fait de ne pas être maximaliste sur tous les sujets », répond Maël de Calan. En faveur de la retraite à 65 ans, de la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et de la fin des 35 heures, Alain Juppé promet une baisse d’impôts de 30 milliards d’euros, dont 20 à destination des entreprises, pas loin du « contre-choc fiscal » de 20 à 30 milliards d’euros de Nicolas Sarkozy. Quand François Fillon n’hésite pas à recommander la baisse d 50 milliard des charges des entreprises.

De quoi pousser le député de Paris à considérer  que Juppé, « c’est le programme de François Fillon version dégradée ». En publiant son livre Faire (éditions Albin Michel) au mois de septembre, François Fillon a donné le la et opté pour une stratégie radicale : en faire le maximum avant le 30 octobre 2017, avec un gouvernement resserré. Pour atteindre le plein emploi, « la clef est de faire en même temps les réformes nécessaires sur tous les fronts », expliquait le député de Paris aux Echos. Stratégie identique dans les rangs de Juppé, il faudra « tout faire en même temps avec une dizaine d’ordonnances dans les six premiers mois », et chez Le Maire, qui promet aussi « une série d’ordonnances » avant septembre 2017.

Sur le front social, déjà très tendu, la situation risque d’être réellement compliquée. « La droite pense qu’elle est capable de faire une nouvelle alliance contre le secteur public et les bénéficiaires de prestations sociales en utilisant le patronat et les travailleurs du privé […] et en profitant de la perte d’influence des syndicats et de la gauche », analyse Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et membre des Économistes atterrés.

En cas de victoire des Républicains, les syndicats verraient se confirmer la mise en place d’accords négociés directement avec les salariés à l’intérieur des entreprises et, par la même occasion, leur perte d’influence. Selon l’économiste, « si la droite arrive au pouvoir, la première chose qu’elle va faire c’est une loi El Khomri améliorée, le patron n’aura pas besoin des syndicats pour passer des accords. On leur laissera la liberté d’écrire des contrats de travail avec des règles spécifiques de licenciement, ce qui est la grande revendication du patronat ». Autrement dit, on se dirigerait vers « un dialogue direct avec les salariés, qui devient très vite un dialogue individuel ».

Au bout du compte, les grands perdants risquent d’être les classes moyennes et populaires à qui l’on ne promet rien d’autre que du travail, des emplois précaires qui seraient la condition sine qua non pour retrouver le plein emploi. « On ne veut pas casser le modèle français, on veut qu’il soit au-dessus de la ligne de flottaison. Notre politique sociale, c’est : “d’abord un job” », résume le conseiller d’Alain Juppé. « On dit que les emplois sont précaires en Allemagne et en Angleterre. […] Nous, nous avons la précarité mais pas les emplois ! » constatait récemment François Fillon. Pas non plus de hausse du pouvoir d’achat en perspective, François Fillon et Alain Juppé voudraient même augmenter la TVA, et la fin des 35 heures pourrait se traduire par une baisse des salaires pour ceux qui bénéficient d’heures supplémentaires.

Quant aux minima sociaux, ils seront plafonnés sous le SMIC, tandis que les allocations chômage seront dégressives après 12 mois. Alain Juppé a également proposé le gel total des prestations sociales pendant cinq ans, assorti d’une baisse des aides au logement. Compensation illusoire, la baisse des impôts sur le revenu de 10 % promise par Nicolas Sarkozy « bénéficierait à tous les contribuables pour leur impôt payé en 2018, soit 7 milliards d’euros rendus aux Français »… Mais la moitié des foyers qui ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu ne verront pas la couleur du cadeau de l’ancien président de la République.

Un cumul de facteurs qui, au vu de la conjoncture sociale actuelle, interroge sur le risque de mécontentement social. « Si le gouvernement arrive et prend immédiatement des mesures très brutales comme le report immédiat de l’âge de la retraite, la dégressivité des allocations chômage, le blocage des embauches dans la fonction publique et la loi El Khomri améliorée, cela ouvre un conflit violent. […] Mais s’il est un peu malin, il fera d’abord la casse du travail avant celle de la protection sociale parce qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans les rues », pressent Henri Sterdyniak. Mais les favoris des Républicains sont persuadés que leur franchise est à même de convaincre. « L’obsession d’Alain Juppé, ce n’est pas d’être populaire. On ne promet pas la lune, on ne promet pas que tous les Français auront un CDI à 4 000 euros par mois », assume le juppéiste Maël de Calan, qui vise la création d’au moins un million d’emplois sur le quinquennat.

« L’écoute, le respect, l’exemplarité, voilà la méthode. Les gens peuvent accepter s’il y a le respect de la parole donnée », veut croire un proche de Bruno Le Maire. « Pour des réformes aussi fondamentales, il faut s’appuyer sur un contrat démocratique clair. […] Je prépare un projet très détaillé pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté », assure aussi François Fillon, convaincu que « de plus en plus de Français veulent plus de souplesse et de liberté d’agir ». Il est vrai que ce ne sont ni les classes populaires, ni les fonctionnaires qui formeront le gros des électeurs lors de la primaire de la droite, prévue au mois de novembre.

Aurélie Delmas  Mediapart du 25 mai 2015 (sauf dessin perso)

 

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